Par Arkante le 25 Janvier 2005
Le narguilé est une pipe à eau qui permet de fumer une préparation à base de tabac nature ou aromatisé aux fruits. La fumée est aspirée par un tuyau flexible et traverse un vase rempli d’eau. L’eau refroidit la fumée et la rend très douce. Le narguilé est avant tout une source de détente et de plaisir qui favorise le contact humain. Certains narguilés sont de véritables œuvres d’art et n’ont parfois qu’une fonction strictement décorative.
Il est important de préciser que beaucoup de synonymes et d’orthographes existent pour désigner le même objet. Selon les pays (Tunisie, Maroc, Turquie, Europe…), elle peut être indifféremment appelée :
Les deux principaux noms que vous trouverez en France sont narguilé et chicha et parfois leurs dérivés.
Le mot « narguilé » a des origines très incertaines, mais l’on distingue cependant des origines perses et arabes. « Naghilé » a la même racine que le mot persan nãrgil du sanscrit nãrikera qui veut dire noix de coco, en référence à la forme générale du récipient recevant l’eau qui étaient souvent de simples fruits. Le synonyme « shisha » a également des origines perses. Il vient du mot shishe qui signifie bouteille.
A gauche 2 narguilés de type indien et à droite de type égyptien
Plus encore que l’origine du mot, l’origine même du narguilé est des plus hasardeuse. On lui attribue de multiples provenances et il est probable qu’il se soit en réalité développé indépendamment à divers endroits du globe. Ainsi on dénombre des sources en Europe, Amérique, Inde, Perse et Afrique. Plusieurs hypothèses sont plausibles, soit l’origine est européenne et le narguilé serait en fait le descendant de la pipe à tabac soit le narguilé aurait été utilisé en Asie et au Moyen-Orient pour la consommation de drogues comme la marijuana ou l’opium (notamment en Chine).
Aujourd’hui, les drogues ne sont plus d’un usage courant (même si toujours pratiqué par certains) et les spécialistes retiennent plus une origine sud-africaine, éthiopienne, persane ou européenne. La forme actuelle que nous lui connaissons vient du Maghreb (Afrique du Nord) qui a largement participé au développement de son image et de l’Inde pour certains modèles.
La chicha rencontre depuis une décennie un engouement mondial. Au sein des pays arabo-musulmans comme le Maroc (où le narguilé ne fait pas partie du patrimoine) dans un premier temps puis en Amérique et en Europe où ont poussé un peu partout des « Chicha bars » se réclamant de diverses origines (turcs, tunisiens…).
On en arrive à un objet de consommation quelconque qui comme tout objet de consommation est livré à une commercialisation de masse en dépit de tout culture. Le narguilé n’est plus que lié à la culture arabo-musulmane même si son image est très attachée au monde oriental. Un véritable commerce s’instaure petit à petit et s’accompagne du dénigrement des traditions. La France en est le parfait exemple avec les nombreux cafés mêmes non orientaux qui proposent de fumer le narguilé.
A la vue de la réaction que le narguilé engendre au près des gouvernements et les tensions que l’objet crée on ne peut que penser que le narguilé pose problème. Certains pays maghrébins comme la Tunisie ont interdit le fumage de la chicha dans la rue pour l’image du pays. L’objet sacré semble vraiment poser un problème.
Le narguilé se fume posément, le temps semble suspendu et on se livre à un véritable « lâcher prise ». La pratique peut-être solitaire, accompagnée de musique et d’un livre ou encore dans une méditation rêveuse. Mais dans la plupart des cas il se fume en collectivité, faisant abstraction de différences sociales pour ne privilégier que la communication. Les narguilés possèdent généralement un seul tuyau qui tourne d’un fumeur à l’autre, favorisant ainsi l’échange. L’atmosphère brumeuse due à la fumée et le relent des bulles ne font que participer à cette ambiance amicale qui favorise la conversation. Alors qu’en France ce pourrait être considéré comme un atout pour la suppression du fossé social omniprésent, les pays sub-sahariens et orientaux ne le voient pas toujours de cet œil. Le narguilé devient l’occasion de la réflexion voir de la prise de conscience, d’où une certaine réticence.
Le narguilé ne peut être apprécié en sa juste valeur et l’on peut accéder au plaisir (et pourquoi pas bonheur) total qu’il procure qu’en pleine possession de son temps et confortablement installé. Le narguilé ne se fume pas à la va vite, aussi est-il navrant de voir comment le chiffre d’affaire passe avant le confort des clients dans certains cafés. On se retrouve entassés au point de ne plus apprécier ces moments privilégiés.
Bien que le narguilé semble marqué d’un certain machisme (notamment dans la culture musulmane), il ne faut pas oublier que les femmes de la haute société aimaient se retrouver autour de narguilés. Dans le monde oriental, les femmes de toutes les classes sociales continuent de pratiquer le narguilé même s’il est vrai qu’elles se montrent peu et qu’elles fument rarement avec les hommes. Quelques cafés arabes gardent une certaine réticence à servir les femmes. Bien qu’ils ne puissent pas refuser un client, leur service et leur attitude peuvent changer totalement selon que c’est un homme ou une femme qui commande. Mais ce comportement tend à disparaître au fur et à mesure que la clientèle féminine grandit mais justifie l’aspect de plus en plus casanier du narguilé.
La cigarette est fumée par un public beaucoup plus large que le narguilé. On ne doit en aucun cas considérer que la chicha peut constituer une substitution à une dépendance quelconque, que ce soit à une drogue ou à la cigarette. D’ailleurs une grande partie des fumeurs de chicha ne fument ni cigarettes ni drogue. Mais il ne faut pas non plus se voiler la face, le narguilé n’est pas bon pour la santé et les études sérieuses sur la question sont rares. Cependant, il y a fort à parier que le gouvernement ne tardera pas à s’exprimer sur la question.
La chicha est considérée par certains comme un objet sacré. Aussi n’allumer pas vos cigarettes sur le charbon et ne l’utilisé pas non plus comme cendrier. Cette attitude tend à irriter les « anti-cigarette » et peut être considéré comme un affront aussi bien au possesseur de l’objet qu’à l’objet même.
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